Parler du pardon n’est pas si facile. C’est que les fautes commises blessent toujours quelqu’un et certaines blessures sont plus profondes que d’autres. Face au mal, il semble y avoir trois réponses possibles : la vengeance, la justice et le pardon. La vengeance est un effet fréquent du mal. Œil pour œil, dent pour dent. Dans certains milieux, elle est même considérée comme un acte de courage. Mais cette voie nous enferme dans une spirale qui s’arrête très rarement à la première réplique. Et toutes les guerres se nourrissent de cet esprit.
La justice nous fait faire un pas de plus. Elle introduit le concept de peine et permet d’analyser le geste fautif avec son contexte en confiant à un tiers (un juge, un jury) un jugement et une sentence qui tiendront compte de tous les éléments pertinents pour rendre justice. Mais bien souvent, la justice ne parvient pas complètement à réparer le mal commis. Quand c’est le cas, on parle de justice réparatrice. Et c’est déjà un pas de plus.
L’évangile de ce quatrième dimanche du Carême nous propose une troisième voie : le pardon. C’est la voie la plus difficile à emprunter. Dans le récit que Jésus adresse aux pharisiens de son époque, on remarquera que ses auditeurs sont bien persuadés d’être eux-mêmes exempts de tout péché. Pour eux, le péché c’est un mal qu'ils subissent et pas un mal qu'ils commettent. Il faut beaucoup de maturité spirituelle pour se reconnaître soi-même pécheur; pour réaliser que bien des gestes que nous posons et bien des paroles que nous prononçons ont des effets néfastes et blessants sur les autres. Jésus nous présente ici d’abord le pardon du Père qui a à notre endroit un amour inconditionnel, qui ne nous réduit jamais au mal que nous faisons, mais veut nous en libérer. Et plus nous prenons conscience de la grandeur de cet amour pour nous-mêmes, plus il nous est possible de pardonner. Lc 15, 1-3.11-32

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